Notre erreur fatale est de chercher des paradis pérennes. Des plaisirs qui ne s’usent pas, des attachements persistants, des caresses à la vitalité des lianes : l’arbre meurt mais leurs entrelacs continuent à ondoyer. Cette obsession nous fait manquer tant de paradis fugaces, les seuls que nous puissions approcher au cours de nos fulgurants trajets de mortels. Les éblouissements surgissent dans des lieux souvent si humbles et éphémères que nous refusons de nous y attarder. Nous préférons bâtir nos rêves avec les blocs granitiques des décennies. Nous nous croyons destinés à une longévité de statues.
Coïncidences ? Je ne pense pas
J’ai pas mal entendu parler des histoires de famille, des secrets enfouis, des générations qui récupèrent le poids de celles qui précèdent. Je suis un peu dubitative, parce que du côté de ma maman, on a des histoires à la Chabrol, de sombres drames à base d’héritage, de prison, de maisons de famille partagées à la hussarde, de biens non constructibles avant décès qui soudainement sortent des zones inondables, de suicides, etc. Et rien. Que dalle. On vit avec, sans être traumatisés outre mesure (du moins dans ma partie de famille, celle que j’ai choisie).
Et puis du côté de mon papa, il n’y a plus grand’ monde. De la famille très éloignée, dispersée aux quatre coins du monde, avec une préférence pour l’Amérique du nord. Je pensais donc être épargnée.
Sauf que… Sauf que mon grand’pa, je ne l’ai pas connu, il est décédé deux ans avant ma naissance. Issu d’une vieille famille juive de Prusse immigrée en Alsace après 1870 (vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine, qu’ils disaient…) l’allemand était sa langue maternelle, et la seule façon que mon papa avait de s’en rendre compte, c’est qu’il parlait latin avec un accent. Il y a encore 5 jours, on m’a prise pour une Allemande avant que je ne dise le nom de 3 rues parisiennes à la suite.
Il a choisi la France à ses 21 ans. C’est l’âge auquel j’ai fait aussi fait mes valises pour y revenir. Après mon premier long séjour… en Allemagne. J’ai rédigé mon mémoire de fin d’études dans sa langue maternelle, sur la base d’archives familiales qui traitaient.. de son cas.
et j’ai naïvement pensé en avoir fini avec cet inconnu à l’ombre pesante mais bienveillante. Avec mon ami F, on rigolait à l’idée d’avoir écrit tous les deux des mémoires thérapeutiques avant de rentrer dans le rang.
Jusqu’à ces jours-ci, où il y a un achat d’appartement, avec des sous qui proviennent de la vente de sa maison. Et puis dimanche, j’ai appris, mais en fait, je ne peux pas avoir passé 2 ans à travailler sur ces archives sans avoir vu passer cette date des dizaines de fois, et puis ce n’est pas moi qui ai choisi mais les vendeurs, et puis rien de logique n’explique, que l’on va signer pour cet appartement… le jour de l’anniversaire de mon grand’pa.
Et moi je vois ça comme un bon signe. Et je me traite de folle. Et je me fais traiter de folle, aussi.
J’m'en fiche. Je sais que c’est la bonne décision, et comme il n’est plus là pour le dire, je peux librement penser qu’il approuverait.
Parfois, il me faut attendre la page 632 pour comprendre pourquoi je lis un livre.
Que le ciel ici-bas se mette à puer et se change en fumier écarlate, et qu’on se traîne dedans en rampant jusqu’à ce qu’on en ait la bouche et les narines pleines, jusqu’à ce qu’on se noie dedans, chacun étreignant dans ses mains la gorge de son voisin. Je ne résiste plus à cette guerre, je m’en délecte.
Pourfendeur de nuages [Russell Banks]
gratter la croûte
heurter accidentellement la protection dans la journée. Ne pas sentir de douleur. La nuit, dans l’intimité, à l’abri… soulever la protection, ôter la carapace, pour le plaisir masochiste de gratter la croûte.
Mais soulever, passer son doigt à l’endroit où la plaie fut béante et s’apercevoir qu’il n’y a plus qu’une jolie cicatrice, longue et fine, parfaitement refermée.
Maintenant, il n’y a plus qu’à enlever la protection, et à accepter d’avoir mal à nouveau.
Tous les mois…
On ne se (re)connait pas. On ne se parle pas. On est juste ensemble. On n’a presque rien en commun, sauf les idées. Et encore, pas toutes.
Quand quelqu’un nous rejoint, on élargit le cercle dans un échange de sourires. Quand quelqu’un s’en va, les sourires l’accompagnent. On se rapproche les uns des autres. Au centre de notre cercle, une lampe brille. Au bout d’une heure, on se sépare avec un peu plus de sérénité qu’en arrivant.
Ici tout est symbole.
Certains d’entre nous portent des panneaux qui disent qu’ »être sans papiers, c’est une situation administrative, pas un crime. »
C’est à Paris, devant le Conseil d’État, de 18h30 à 19h30, tous les 3e vendredi du mois, depuis 4 ans.
Il serait peut-être temps que ça change, tout ça.
Ich gebe zu
dass ich momentan nichts mehr schreiben kann. Das viel passiert, ohne dass ich es merke. Oder zu spät.
Nichts schlimmes.Viel neues.
Jedem Anfang wohnt ein Zauber inne der uns beschützt und der uns hilft, zu leben.
7 comme les nains, 7 d’un coup.
- le mien
- celui d’O. et celui de Ro.
- celui de la gardienne
- celui de B&G
- celui de chez mes parents
- celui des invités
ça fait pas 7. Et pourtant ce sera 7 trousseaux de clefs et pas un de moins.
Un matin parmi d’autres
Il doit y avoir de l’echo entre ici et chez Anne...
5h30 : mes yeux s’ouvrent automatiquement. Je jette un œil remonte ma couette et décide d’ignorer que je pourrais éventuellement me lever et vaquer à mes occupations dans le froid de l’appartement.
6h30 : cette fois-ci c’est le réveil. J’allume la radio et l’ordi, je change la date du calendrier
7h : lever, rangeage de lit, bouilloire
7h10 : premier thé (un vert non aromatisé, en règle générale) en checkant les mails et l’agrégateur
7h30 : douloureuse prise de conscience de la faille temporelle dans laquelle je tombe un peu trop souvent. Direction la douche.
7h45 : douchage et habillage ok, lentilles, crème ok. Vaisselle ou repassage, selon l’ampleur de la faille temporelle sus-mentionnée.
8h : départ pour le boulot.
Stopping by Woods on a Snowy Evening [Robert Frost]
Whose woods these are I think I know.
His house is in the village, though;
He will not see me stopping here
To watch his woods fill up with snow.
My little horse must think it queer
To stop without a farmhouse near
Between the woods and frozen lake
The darkest evening of the year.
He gives his harness bells a shake
To ask if there’s some mistake.
The only other sound’s the sweep
Of easy wind and downy flake.
The woods are lovely, dark and deep,
But I have promises to keep,
And miles to go before I sleep,
And miles to go before I sleep.
pour mes trente deux ans
De toute façon ça fait un moment que mon horloge intérieure est déréglée, et que j’affirme avoir 32 ans alors même que j’en ai 31. Il semblerait que j’ai l’horloge intérieure qui est un peu en avance. Ca ne me déplait pas, au contraire.
J’entre donc dans cette année avec un projet tout neuf, et une singulière envie de regarder dans le rétroviseur, et de voir comment ma vie a changé ces 12 derniers mois. Et avec étonnement, ne regretter aucune des décisions prises.
Des décisions difficiles à assumer, des mauvais moments, des questions existentielles, oui, mille fois oui. Des erreurs, oui, mille fois oui. des choses que je ferais différemment, sans doute.
Mais :
- un nouveau boulot
- une chouette histoire
- deux aller/retour pour aix en provence, un autre à venir (et une demi douzaine dans l’autre sens)
- un petit gamin aux yeux bleus qui rigole tout le temps
- un petit gamin aux yeux bruns qui fait des calins, et que je vois dès que j’en ai envie/besoin
- des liens qui se renforcent
- la fin d’une relation qui ne me rendait pas/plus heureuse
- du vin, du cognac, du champagne, de la gibelotte, de la soupe de carottes au gingembre, des saucisses de morteau et des mont d’or chauds
- les pandas de Chengdu, les pentes de Chongqing, la chaleur de Beijing et les voyages en train
- le grand William (Forsythe), le jeune Hofesh (Shechter), le spectacle au nom de chat et au goût d’exploit de James (Thierée), le scintillant Jacques (Gamblin)
- Jim Harrison, Terry Goodkind, David Nicholls, Juli Zeh, Nuala O’Faolain, Stéphane Hoffman, Nina Bouraoui, Hermann Hesse
- Pierre Lapointe, Aldebert, Miossec (compagnons de longues années), Marina and the diamonds, Regina Spektor, Nina Simone
Ouaip, ça ressemble à un billet bilan. mais allez voir Hofesh Schechter aux Abbesses, Doisneau à Paris, écumez le stand Sabine Wespieser au salon du livre, lisez Diastème, savourez Philippe Dumez. Nagez, marchez. Vivons et savourons.