366/110 une consigne

Boire plus, manger deux produits laitiers par jour, préférer les maras des bois aux fraises d’Espagne, coudre les boutons de mon gilet, retourner nager.

C’est pas « une consigne » que ma maman m’a donnée, aujourd’hui, mais un sacré paquet de consignes frappées au coin du bon sens et de l’amour maternel.

Autant dire que je vais pas en suivre la moitié, et qu’elle le sait parfaitement, mais elle est comme ça, ma maman.

366/109 un projet

Un seul ? mais j’en ai plusieurs, de projets. Qui n’avancent pas autre part que dans ma tête, c’est vrai. Mais je trouve ça déjà très bien, d’avoir la tête pleine de projets. J’ai eu une longue période sans projet et sans envie, et ça, c’est l’horreur, quand rien n’avance, que rien ne bouge.

Hier on m’a dit que j’étais optimiste, voller Hoffnung. C’est pas tout à fait vrai, je suis velléitaire, en fait.

Mais le fait est que j’ai la tête farcie de rêves et de projets.

366/107 tache

ce matin perdre l’équilibre et renverser le thé, s’ébouillanter et faire une grosse tache sur le canapé marron qui en a vu d’autres.

ce soir changer de pyjama et mettre l’ancien dans la machine, ajouter de la poudre, refermer la machine et choisir le programme, pour que demain en se levant il n’y ait plus qu’à appuyer sur le bouton.

Si ça c’est pas du réel, je ne sais pas ce qu’il vous faut.

366/105 un mot en anglais

aujourd’hui le problème ça n’a pas été un mot en anglais, même si on a causé toute la journée streaming, live, twitter et autres.

Nan, le problème, une fois de plus, aujourd’hui, ça a été un mot en allemand. Parce que dès que je suis fatiguée, mon PUTAIN DE CERVEAU SWITCHE et prend des raccourcis linguistiques qu’il ne devrait pas prendre.

J’en arrive finalement à comprendre son fonctionnement : il dit juste ce qu’il a à dire dans le moins de mot possible. Et comme l’allemand est souvent beaucoup plus concis que la langue dont on se sert ici, ben je me retrouve à penser « Relevanz », écrire « pertinence », et lancer une pique sans même m’en rendre compte.

Bref, en anglais, I don’t even care about how you would say « Relevanz ».

 

366/104 enfant

Hier un échange où l’on me demande « Kilos de fraises ingérées ? Pourquoi t’es enceinte ? » (sic, y compris la ponctuation plutôt étrange qui laisse à penser que ce monsieur ne sait pas comment on fait les bébés). Non, pas enceinte, mais j’aime les fraises.

Ce midi petite émotion en voyant la famille idéale (du moins, celle que je considère comme…) en allant déjeûner.

En fait, en ce moment, le monde semble avoir envie de me dire un truc au sujet des mômes. Mais j’ai juste envie de lui répondre de se mêler de ce qui le regarde, parce que moi, je n’ai pas envie d’avoir un môme, ni d’avoir un chien.

Même si ça limite les interactions devant les machines à café.

366/102 fragment d’aujourd’hui raconté en poésie

J’ai cru pouvoir briser la profondeur l’immensité
Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho
Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
Comme un mort raisonnable qui a su mourir
Un mort non couronné sinon de son néant
Je me suis étendu sur les vagues absurdes
Du poison absorbé par amour de la cendre
La solitude m’a semblé plus vive que le sang
Je voulais désunir la vie
Je voulais partager la mort avec la mort
Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie
Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vitre ni buée
Ni rien devant ni rien derrière rien entier
J’avais éliminé le glaçon des mains jointes
J’avais éliminé l’hivernale ossature
Du vœu de vivre qui s’annule.
Tu es venue le feu s’est alors ranimé
L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoile
Et la terre s’est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J’avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J’avançais je gagnais de l’espace et du temps
J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière
Là vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l’aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.

Les champs sont labourés les usines rayonnent
Et le blé fait son nid dans une boule énorme
La moisson la vendange ont des témoins sans nombre
Rien n’est simple ni singulier
La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
La forêt donne aux arbres la sécurité
Et les murs des maisons ont une peau commune
Et les routes toujours se croisent.
Les hommes sont faits pour s’entendre
Pour se comprendre pour s’aimer
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes
Et la nature et leur patrie
Celle de tous les hommes
Celle de tous les temps.

[Paul Eluard]

Eluard parce que pas Aragon, le 12 mai n’est pas un jour à Aragon. C’est un jour à Aragon et Framboise, mais on a mangé des fraises, alors bon.