stu veux faire snob

Dans mon ancien métier, on ne parlait pas de villes, mais de codes. Genre pas Rio mais GRU. et puis tout le monde sait que les Seychelles c’est Mahé et Malé les Maldives. Et que la pauvresse voyage en cabine Y mais que si son billet est émis en classe tarifaire Y, c’est plus tout à fait une pauvresse. (comprendre c’est un super VIP mais ya plus de place dans les autres cabines).(ou alors il a pris son billet au dernier moment, mais en tout cas ya intérêt à pas le surbooker).

On délogeait à tour de bras pour forcer des résas avec accord ou sans accord parce que BOD mais tu comprends c’est un END de chez Carlson, moi je fais ça pour vous aider, sinon c’est vous qui avez le client qui fait le scandale, hein.

On gérait chacun une dizaine d’affaires et on clôturait une trentaine de Ged par jour, en assistance.

Aujourd’hui encore avec mes anciens collègues on pousse le vice jusqu’à switcher au milieu d’une conversation, parce que c’est plus facile de raconter une histoire en VO.

Mine de rien aujourd’hui et même sans raconter ce que je fais (au cas où quelqu’un l’ignorerait) c’est beaucoup moins snob en parole et chacun pourrait comprendre ce qu’on raconte. Mais on n’a plus d’ennemi commun qui rendrait un langage crypté utile. et des fois, ça manque…

bullshit 2.0

La saison à Chaillot s’annonce hyper prometteuse, Le tnp a été l’endroit de mes premiers émois théâtraux avec les petits cochons de Jérôme Savary, ça remonte à 25 ans et les souvenirs sont encore vifs. Ca me rappelle juste que j’ai un ptit gars à emmener au théâtre, histoire qu’il sache ce que c’est.

Cette saison à Chaillot il y aura 3 Forsythe (dont deux hors abonnement) avec mon grand amour Impressing the Czar. Et puis Russell Maliphant (« j’ai eu un orgasme quand j’ai vu son nom », m’a écrit avec enthousiasme le gars qui partage mon addiction), et puis le cirque Eloize et la Cie 14:20 (vue à la présentation du livre Fnac à la rentrée dernière) entre autres merveilles… Je tiens d’ailleurs un mail prêt avec mon résumé de saison, tellement ça m’est demandé ces derniers jours!

Je ne sais pas si je pourrai tout voir. Mais rien que la perspective d’autant de belles choses et de moments hors du temps me réjouit.

[Par contre au Rond-Point grosse déception, et à l’Odéon rien d’exceptionnel, mais ces deux institutions ont fait passer le message politique (servir la soupe pour le RP, et frustration pour l’Odéon) avant le message artistique durant leur présentation. Autant dire que Dominique Hervieu et José Montaldo, avec leur spectacle sur scène, un rythme de présentation enlevé et leur doublage en langue des signes ont frappé très très fort.]

Ce bus

ça fait un mois que je le prends. Je n’ai que deux co-voyageurs repères, encore. D’abord le benêt qui me sourit toujours lorsque je suis en retard, et sur lequel la moindre trace de mascara semble faire un effet boeuf. Et le second, en fait je devrais dire le deuxième et le troisième, parce que l’un ne va pas sans l’autre, c’est ce monsieur qui sourit tout le temps et qui a l’air d’être archi gentil, et son chien élève guide d’aveugle.

Il est hors de question de ne pas le prendre le matin, ce bus. J’aime trop passer devant le Louvre, voir la queue tous les jours sauf le mardi. Des fois j’ai envie de descendre indiquer aux touristes qu’il y a moins d’attente en passant par la porte des lions, ou même en sortant par le métro, puis je me souviens de mon plaisir à descendre sous la pyramide quasi quotidiennement, il y a une éternité. Et puis je me dis que je vais être en retard. Ce qui est bête, somme toute, parce que je suis la première arrivée et c’est moi qui fait chauffer l’eau du thé, alors… Un jour je descendrai et je ferai une escale voir ma copine l’idole précycladique avant d’aller bosser, histoire d’avoir des papillons dans l’estomac.

Des papillons dans l’estomac, comme devant un Soulages, comme la cathédrale de Rodin, comme devant la débâcle de Monet, ou son pont japonais de la fin, dans les tons rouges, quelles merveilles.

Quelle merveille aussi, cette relation que le Dr Dr et moi-même continuons à construire entre deux continents. A coup de sms, de petits et de grands mails, de clins d’œil sur Facebook, et, parfois, de vraies lettres qui traversent l’Europe et l’Asie pour se blottir là où est leur place.

Et puis le sprachchaos de ces derniers jours, l’arthrose dans les doigts qui revient, et l’eczéma qui ne me lâche plus. Et l’envie, aujourd’hui pour la première fois depuis longtemps, de prendre ce bus jusqu’au terminus, de faire ce code que je connais par coeur, et de boire une bière au 3ième.

Cela n’aurait pas été raisonnable, n’a rien de raisonnable depuis longtemps et puis c’est juste du confort, ne rien risquer c’est ne rien risquer, ne rien perdre. Vivre sur des acquis et ne rien remettre en jeu. des petites phrases qui font du bien, glissées mine de rien. Ne crois pas que je n’ai pas entendu, j’ai entendu. J’ai juste besoin d’y réfléchir.

Et toi, là bas, qui m’a suggéré de poster et de ne pas noircir mon carnet, je ne sais pas si je dois te remercier, ce soir, quand je vais appuyer sur publier.

Envies.

Comme un echo à Fabienne, le mois dernier j’ai choisi pour un ami très cher trois livres, pour trois décennies, dont une commune.

Alors j’ai choisi le Panama, de Janosch. En version originale, parce qu’ils quittent leur maison pendant longtemps, même s’ils finissent par y revenir.. Et leur maison est beaucoup mieux en revenant parce qu’ils ont un nouveau canapé. J’avais hésité avec Freunde, d’Helme Heine, mais celui là convient mieux au troisième de la troupe, alors… Denn Freunde träumen von einander.

Puis la vie mode d’emploi, parce qu’outre son titre formidable c’est un livre que j’aime d’amour, riche, foisonnant, plein de détails et de vérités. J’avais hésité avec Océan Mer de Barricco, mais ils ne l’avaient plus en librairie, et puis celui là aussi ira mieux à un autre ami cher.

Et enfin le tome 1 des notes de -Boulet-. Je suis consciente de lui avoir inoculé une drogue dure, un truc dont il ne pourra plus jamais se défaire, mais Hey, c’est fait aussi pour ça, les amis, non?

Je ne sais toujours pas quels sont les miens, de livres. Nuala O’Faolain, Christopher Hobsbawm, Isaac Asimov manquent notamment. Mais ceux listés là haut font partie intégrante de ma vie.

Je ne vous ai pas parlé

-du premier spectacle de Merce Cunningham au théâtre de la Ville, parce que malgré des circonstances super sympa, je suis plus fan des costumes que de la chorégraphie.
-de « doit-on le dire », de Labiche, au théâtre du Nord Ouest, parce que j’attends de voir leur mise en scène de « l’affaire de la rue de Lourcine » pour me faire une opinion (comme je connais la moitié de la troupe qui joue doit-on le dire, j’ai du mal à être objective).
-de la trilogie de Mars, de Kim Robinson, parce que je ne sais toujours pas ce que j’en pense, même après avoir lu 2 tomes 3/4.
et des deux très bons restos testés ces dernières semaines… parce que je ne parle pas de resto ici.
Du coup, ca fait un moment que je ne vous ai rien dit.
Et vous feriez mieux d’aller chez Fabienne, parce qu’elle elle raconte des trucs.

Cherry-Brandy, une chorégraphie de Josef Nadj pour 13 danseurs, présentée au théâtre de la Ville

Ayant récupéré la place d’une amie, malade, je me demandais en début d’après midi pourquoi je n’avais pas pris ce spectacle dans mon abonnement, alors que j’entends parler en bien des créations merveilleuses de ce chorégraphe depuis un temps certain.
Et puis j’y suis allée. Et je ne peux dire qu’une chose: le monsieur est un pro. Les danseurs font passer exactement ce qu’il souhaite. Sauf que la pièce était largement inspirée de la littérature du goulag.
Résultat, j’ai vu des danseurs faire des mouvements sans grâce, heurtés, douloureux, et ce, pendant une heure et demi.
Avec des bruitages live sur le plateau, des pieds nus qui noircissent au fur et à mesure de l’avancée de la chorégraphie, des costumes noirs sur fond noir avec quelques lumières.
La salle se vidait au cours du temps, et à la fin il y a eu autant de bouhhhhhhh que de ouééééé, tellement c’était difficilement supportable.
Pour moi, après avoir vu Preljocaj en dernier spectacle de danse, j’avoue que le contraste m’a impressionnée. En résumé, je n’ai aucune envie de revoir cette chorégraphie, ne la conseille à personne, mais considère que c’est un chef d’œuvre de maitrise des effets.
Baratin théorique ici, détails pratiques là.

Moebius Trans-Forme à la fondation Cartier pour l’Art contemporain

Là encore, j’espère que l’exposition va tourner, parce qu’elle est bien faite et un régal pour les yeux.
Je ne sais pas si je dois présenter Moebius, alias Jean Giraud, parce que ca doit être à peu de choses près le seul auteur de BD de SF connu (bon, on va exclure d’office monsieur Valerian et Laureline (aussi connu sous le nom de Pierre Christin)) enfin quand je dis auteur, je pense surtout à dessinateur.
Car c’est de cela qu’il s’agit dans cette expo à la scénographie impeccable. Un dessinateur minutieux au trait sûr. On voit des dizaines de planches en noir et blanc au rez de chaussée, qui couvrent aussi bien le travail de Moebius dessinateur/co scénariste de SF mais aussi celui de Jean Giraud, auteur de Blueberry.
Bien que j’aie toujours cru que le monsieur est schizophrène et dessine de facon complètement différente selon la série qu’il dessine, je me suis rendue compte qu’au delà du lettrage, les deux personnages se ressemblent beaucoup. Car Moebius comme Jean Giraud c’est un sens du découpage des cases et de la composition qui impressionne, et ce dès ses premiers dessins. Ses carnets de travail, minuscules et impeccables, sont d’ailleurs remarquables de ce point de vue.

Au sous sol de l’exposition se trouvent les grands formats et les images en couleur. Dont un tableau que j’aurais volontiers ramené à la maison.
Vous l’aurez compris, l’exposition est riche (compter 2h si vous flânez et regardez les films, 1h sans film et à vitesse normale) et intéressante. Et en plus, le personnel de la fondation Cartier est adorable, et leurs toilettes high tech.
Toutes les informations pratiques sont sur le site de la fondation cartier, mais malheureusement, ils connaissent pas les liens directs. Et pour une fois, vous avez le temps, l’expo dure jusqu’en mars 2011.

Karl Lagerfeld à la maison européenne de la photographie

Car à la maison européenne de la photographie, il n’y avait pas que Fabien Chalon. Je vous ai déjà dit que j’avais beaucoup apprécié Fabien Chalon?
Il y avait aussi Karl Lagerfeld. Et au delà de ses images de mode un peu convenues et souvent à la « manière de » (Liechtenstein, Hopper…), certains travaux étaient vraiment intéressants.
En effet, Karlou fait un travail sur la matière assez étonnant, choisissant le tirage en fonction de la nature de l’image qu’il souhaite montrer, avec notamment une série intitulée metropolis, faussement futuriste et imprimée sur du papier de verre blanc, ce qui donne un aspect glamour inattendu.
Car l’artiste ne considère pas que son rôle est achevé après avoir appuyé sur le déclencheur. Il choisit ensuite soigneusement la technique qui permettra à l’instantané de devenir une véritable oeuvre, n’hésitant pas non plus à faire des rajouts. On trouve bien sûr toutes les explications techniques nécessaires sur les cartels, mais pour la béotienne que je suis, il reste surtout l’impression d’une véritable volonté créatrice, que je n’aurais pas soupçonné chez le monsieur.
Autant dire une jolie surprise, un peu gâchée par le monde qui se tasse autour des images.
Comme d’habitude, tous les renseignements sont sur le site de la MEP

Fabien Chalon à la maison européenne de la photographie

je l’évoquais dans mon billet précédent: des expositions qui se tiennent en ce moment à la Maison européenne de la photographie, c’est celle de Fabien Chalon que j’ai préférée.
Pourtant ni son site ni son installation gare du Nord ne lui rendent honneur, car l’artiste excelle dans les petits formats. Imaginez une boite de la taille d’une télé du temps de nos parents, posée verticalement, et qui s’anime mécaniquement. Le spectateur déclenche lui même l’animation, et bien qu’il y ait beaucoup de monde, tout se passe calmement.
Car les installations (que l’artiste appelle sculptures) ont un étrange effet apaisant et intriguant. Au travail sur l’aspect visuel des installations s’ajoute un travail sur le sens, et sur le son: les mécanismes sont presque silencieux, et leur son éventuel est caché par un bruitage qui participe à l’ambiance de l’oeuvre. Pas de fausse note, malgré l’utilisation de la video: souvent je trouve que la video est un cache misère dans ce type d’exposition, mais là, non.
A ne pas rater, donc, et surtout l’installation nommée l’enchantement et créée spécialement pour l’exposition de la maison européenne de la photographie (à Paris, encore et toujours…) qui possède un effet apaisant assez fantastique.
Un travail qui mélange poésie et mécanique, donc. Un seul regret: le petit nombre de « boîtes » présentées (4) qui contraste avec le projet de la MEP de faire la « première grande rétrospective » de ce jeune artiste.
Tous les détails pratiques sont sur le site de la MEP.

Les mots pour le dire

ce n’est pas un scoop, je fais partie des grands lecteurs. Ceux qui lisent plus de 52 bouquins dans l’année. Par ailleurs, je lis et réponds à des courriers toute la journée.
Et pourtant, depuis toujours je me heurte à un problème de vocabulaire. De définition de mots et de sensations. Récemment je discutais de l’adjectif « princesse » avant de me rendre compte que mon interlocuteur et moi ne pensions pas du tout à la même chose. Et que le mot pouvait aussi bien vouloir dire l’un que l’autre.
Mais plus difficile encore, décrire les sentiments ressentis à la vision d’une oeuvre d’art, chorégraphie, peinture, sculpture ou installation. Difficile de faire la différence entre sérénité, apaisement, curiosité, poésie, féérie, enchantement…
Tout ca pour dire que j’ai du mal à trouver les mots pour parler du travail de Fabien Chalon, entre autres. Que j’ai besoin de digérer, encore, pour essayer de faire coller le mieux possible mes mots et mon ressenti. Mais qu’en attendant, et comme l’exposition à la Maison européenne de la photographie ne dure que jusqu’au 30 octobre, et bien je vous conseille de vous rendre sur son site pour vous faire une idée.