Je ne vous ai pas parlé

-du premier spectacle de Merce Cunningham au théâtre de la Ville, parce que malgré des circonstances super sympa, je suis plus fan des costumes que de la chorégraphie.
-de « doit-on le dire », de Labiche, au théâtre du Nord Ouest, parce que j’attends de voir leur mise en scène de « l’affaire de la rue de Lourcine » pour me faire une opinion (comme je connais la moitié de la troupe qui joue doit-on le dire, j’ai du mal à être objective).
-de la trilogie de Mars, de Kim Robinson, parce que je ne sais toujours pas ce que j’en pense, même après avoir lu 2 tomes 3/4.
et des deux très bons restos testés ces dernières semaines… parce que je ne parle pas de resto ici.
Du coup, ca fait un moment que je ne vous ai rien dit.
Et vous feriez mieux d’aller chez Fabienne, parce qu’elle elle raconte des trucs.

Cherry-Brandy, une chorégraphie de Josef Nadj pour 13 danseurs, présentée au théâtre de la Ville

Ayant récupéré la place d’une amie, malade, je me demandais en début d’après midi pourquoi je n’avais pas pris ce spectacle dans mon abonnement, alors que j’entends parler en bien des créations merveilleuses de ce chorégraphe depuis un temps certain.
Et puis j’y suis allée. Et je ne peux dire qu’une chose: le monsieur est un pro. Les danseurs font passer exactement ce qu’il souhaite. Sauf que la pièce était largement inspirée de la littérature du goulag.
Résultat, j’ai vu des danseurs faire des mouvements sans grâce, heurtés, douloureux, et ce, pendant une heure et demi.
Avec des bruitages live sur le plateau, des pieds nus qui noircissent au fur et à mesure de l’avancée de la chorégraphie, des costumes noirs sur fond noir avec quelques lumières.
La salle se vidait au cours du temps, et à la fin il y a eu autant de bouhhhhhhh que de ouééééé, tellement c’était difficilement supportable.
Pour moi, après avoir vu Preljocaj en dernier spectacle de danse, j’avoue que le contraste m’a impressionnée. En résumé, je n’ai aucune envie de revoir cette chorégraphie, ne la conseille à personne, mais considère que c’est un chef d’œuvre de maitrise des effets.
Baratin théorique ici, détails pratiques là.

elle s’appelait Sarah, un film de Gilles Paquet-Brenner

Bon, déjà, rien qu’à lire le titre du film, vous avez une chanson dans la tête, ‘videmment.
Surtout qu’effectivement, elle n’avait pas dix ans, et que sa vie était douceur, rêve et enchantement, mais d’autres gens en avaient décidé autrement (oui, je connais mes classiques). C’est donc l’histoire de Sarah, petite fille raflée en 1942 lors de la rafle du Vel d’Hiv, et qui s’en sort. Et du prix à payer pour s’en sortir.
Parallèlement, on suit l’histoire d’une journaliste américaine, jouée par Kristin Scott Thomas, qui découvre l’histoire de Sarah.
La partie historique est extrêmement bien réussie à mon goût. La boule dans la gorge n’a jamais atteint le niveau de valse avec Bachir ou de the bubble, mais la reconstitution est soignée, l’histoire plausible. Et la gamine actrice est vraiment douée.
Quant à la partie contemporaine, elle est nettement plus facile, sauvée tout de même par Kristin Scott Thomas, qui, un peu comme Cate Blanchett, a tendance à sauver tous les films dans lesquels elle apparait.

A voir, donc, mais ca peut tout à fait attendre la sortie en DVD. Ca reste un film au public essentiellement féminin, la preuve, pour une fois, j’étais accompagnée d’une gentille coupine qui a fait son mémoire de fin d’études sur la littérature concentrationnaire.
Et les détails sont .

Moebius Trans-Forme à la fondation Cartier pour l’Art contemporain

Là encore, j’espère que l’exposition va tourner, parce qu’elle est bien faite et un régal pour les yeux.
Je ne sais pas si je dois présenter Moebius, alias Jean Giraud, parce que ca doit être à peu de choses près le seul auteur de BD de SF connu (bon, on va exclure d’office monsieur Valerian et Laureline (aussi connu sous le nom de Pierre Christin)) enfin quand je dis auteur, je pense surtout à dessinateur.
Car c’est de cela qu’il s’agit dans cette expo à la scénographie impeccable. Un dessinateur minutieux au trait sûr. On voit des dizaines de planches en noir et blanc au rez de chaussée, qui couvrent aussi bien le travail de Moebius dessinateur/co scénariste de SF mais aussi celui de Jean Giraud, auteur de Blueberry.
Bien que j’aie toujours cru que le monsieur est schizophrène et dessine de facon complètement différente selon la série qu’il dessine, je me suis rendue compte qu’au delà du lettrage, les deux personnages se ressemblent beaucoup. Car Moebius comme Jean Giraud c’est un sens du découpage des cases et de la composition qui impressionne, et ce dès ses premiers dessins. Ses carnets de travail, minuscules et impeccables, sont d’ailleurs remarquables de ce point de vue.

Au sous sol de l’exposition se trouvent les grands formats et les images en couleur. Dont un tableau que j’aurais volontiers ramené à la maison.
Vous l’aurez compris, l’exposition est riche (compter 2h si vous flânez et regardez les films, 1h sans film et à vitesse normale) et intéressante. Et en plus, le personnel de la fondation Cartier est adorable, et leurs toilettes high tech.
Toutes les informations pratiques sont sur le site de la fondation cartier, mais malheureusement, ils connaissent pas les liens directs. Et pour une fois, vous avez le temps, l’expo dure jusqu’en mars 2011.

Karl Lagerfeld à la maison européenne de la photographie

Car à la maison européenne de la photographie, il n’y avait pas que Fabien Chalon. Je vous ai déjà dit que j’avais beaucoup apprécié Fabien Chalon?
Il y avait aussi Karl Lagerfeld. Et au delà de ses images de mode un peu convenues et souvent à la « manière de » (Liechtenstein, Hopper…), certains travaux étaient vraiment intéressants.
En effet, Karlou fait un travail sur la matière assez étonnant, choisissant le tirage en fonction de la nature de l’image qu’il souhaite montrer, avec notamment une série intitulée metropolis, faussement futuriste et imprimée sur du papier de verre blanc, ce qui donne un aspect glamour inattendu.
Car l’artiste ne considère pas que son rôle est achevé après avoir appuyé sur le déclencheur. Il choisit ensuite soigneusement la technique qui permettra à l’instantané de devenir une véritable oeuvre, n’hésitant pas non plus à faire des rajouts. On trouve bien sûr toutes les explications techniques nécessaires sur les cartels, mais pour la béotienne que je suis, il reste surtout l’impression d’une véritable volonté créatrice, que je n’aurais pas soupçonné chez le monsieur.
Autant dire une jolie surprise, un peu gâchée par le monde qui se tasse autour des images.
Comme d’habitude, tous les renseignements sont sur le site de la MEP

Fabien Chalon à la maison européenne de la photographie

je l’évoquais dans mon billet précédent: des expositions qui se tiennent en ce moment à la Maison européenne de la photographie, c’est celle de Fabien Chalon que j’ai préférée.
Pourtant ni son site ni son installation gare du Nord ne lui rendent honneur, car l’artiste excelle dans les petits formats. Imaginez une boite de la taille d’une télé du temps de nos parents, posée verticalement, et qui s’anime mécaniquement. Le spectateur déclenche lui même l’animation, et bien qu’il y ait beaucoup de monde, tout se passe calmement.
Car les installations (que l’artiste appelle sculptures) ont un étrange effet apaisant et intriguant. Au travail sur l’aspect visuel des installations s’ajoute un travail sur le sens, et sur le son: les mécanismes sont presque silencieux, et leur son éventuel est caché par un bruitage qui participe à l’ambiance de l’oeuvre. Pas de fausse note, malgré l’utilisation de la video: souvent je trouve que la video est un cache misère dans ce type d’exposition, mais là, non.
A ne pas rater, donc, et surtout l’installation nommée l’enchantement et créée spécialement pour l’exposition de la maison européenne de la photographie (à Paris, encore et toujours…) qui possède un effet apaisant assez fantastique.
Un travail qui mélange poésie et mécanique, donc. Un seul regret: le petit nombre de « boîtes » présentées (4) qui contraste avec le projet de la MEP de faire la « première grande rétrospective » de ce jeune artiste.
Tous les détails pratiques sont sur le site de la MEP.

Les mots pour le dire

ce n’est pas un scoop, je fais partie des grands lecteurs. Ceux qui lisent plus de 52 bouquins dans l’année. Par ailleurs, je lis et réponds à des courriers toute la journée.
Et pourtant, depuis toujours je me heurte à un problème de vocabulaire. De définition de mots et de sensations. Récemment je discutais de l’adjectif « princesse » avant de me rendre compte que mon interlocuteur et moi ne pensions pas du tout à la même chose. Et que le mot pouvait aussi bien vouloir dire l’un que l’autre.
Mais plus difficile encore, décrire les sentiments ressentis à la vision d’une oeuvre d’art, chorégraphie, peinture, sculpture ou installation. Difficile de faire la différence entre sérénité, apaisement, curiosité, poésie, féérie, enchantement…
Tout ca pour dire que j’ai du mal à trouver les mots pour parler du travail de Fabien Chalon, entre autres. Que j’ai besoin de digérer, encore, pour essayer de faire coller le mieux possible mes mots et mon ressenti. Mais qu’en attendant, et comme l’exposition à la Maison européenne de la photographie ne dure que jusqu’au 30 octobre, et bien je vous conseille de vous rendre sur son site pour vous faire une idée.

suivront mille ans de calme, chorégraphie d’Angelin Preljocaj sur une musique de Laurent Garnier

Je n’y allais pas convaincue, n’ayant pas été enchantée par son Blanche Neige il y a deux ans.
Et pourtant, ce fut un vrai plaisir. Preljocaj fait danser dix de ses danseurs et dix danseurs du Bolchoi sur une musique techno pas barbare (bouchons d’oreilles conseillés, et à disposition au contrôle en bas des marches).
La synchronisation des 20 danseurs est hallucinantes, et les idées originales sans être aberrantes: le chorégraphe prend appui sur la base technique des danseurs et avance pour former une pièce cohérente bien que formée de tableau très différents.
Les messages sont clairs mais pas rabâchés, et les duos sont étonnants de diversité, sans être chiants (les duos c’est ce qui me fait le plus chier dans la danse, en fait). Tout un travail est effectué avec des chaînes, qui joue aussi bien sur leur effet visuel mais aussi sur le son qu’elles produisent en tombant ou en étant manipulées. Idem pour les livres, parfois traités avec respect, parfois maltraités.
D’après le livret, remis à l’entrée, la pièce est basée sur l’apocalypse selon selon Saint Jean. Mais pour moi, elle reflète plus la vie qu’autre chose.

Suivront mille ans de calme

Angelin Preljocaj, Ballet Preljocaj, Théâtre du Bolchoï
théâtre national de Chaillot
jusqu’au 22 octobre, mais malheureusement, tout est complet…

Les redifs de l’été… c’est toujours mieux que le gendarme!

Ne touchez pas l’épaule
Du cavalier qui passe
Il se retournerait
Et ce serait la nuit,
Une nuit sans étoiles
Sans courbe ni nuages.
-Alors que deviendrait
Tout ce qui fait le ciel
La lune et son passage
Et le bruit du soleil?
-Il vous faudrait attendre
Qu’un second cavalier
Aussi puissant que l’autre
Consentît à passer.

L’allée, de Jules Supervielle, extrait du recueil « le forçat innocent ».

Kaguyahime, chorégraphie de Jirí Kylián à l’opéra Bastille

Une seule consigne: il reste 2 représentations, alors restez pas là et allez acheter vos places ici.
Prenez les places les moins chères, si la salle n’est pas trop pleine ils délogent (ohoho, je me mets à jargonner ici, moi, spas bien) mettent les gens à de meilleures places.

Et après, prenez en plein les yeux. De technicité, d’inventivité dans la mise en scène, de grâce, de poésie et de dépaysement. Laissez vous porter par la musique, supportable même pour les oreilles les plus rétives à la stridence des flûtes japonaises, compensées par les percussions. Suivez les mouvements des danseurs et partez pour 2 heures de spectacle, bien assis sur les fauteuils classieux de l’opéra bastille (où j’allais pour la première fois).