ils dorment

enfin, maintenant ils sont réveillés. Après de multiples péripéties non mais quelle idée de traverser la Ruhr en voiture un vendredi soir veille de long week end! et des sms multiples, ils sont réveillés et je les attends.

Je les attends en pensant à la dernière fois qu’on s’est vu (et mes papilles salivent encore du kir royal, du poulet selon Oli et des currywürste), mais aussi à la première fois. Et c’est plutôt clair, un truc du genre l’amitié à la première seconde.

On faisait partie du groupe de théâtre français à l’université. Un truc improbable, un projet franco-germano-britannique, des acteurs des trois nationalités jouant du beckett en anglais et en français. On a lutté pendant des mois, parce que je suis incapable de retenir un texte par coeur, et parce que quand je paraphrase, spas évident pour les locuteurs non natifs! Mais aussi parce que les metteurs en scène n’arrivaient pas à se mettre d’accord, parce qu’on voulait mettre des costumes de padawan et qu’ils nous préféraient en moine, etc.

Et puis un soir, la demoiselle m’a dit « mon copain vient me chercher en voiture, on part à Detmold, on te dépose? » C’était mon premier semestre, je balbutiais à peine, et mon accent faisait tellement mal aux oreilles qu’il était détecté dès que je prenais l’ascenseur et demandais à ce qu’on appuie sur le 3e étage (S3-242, c’était le repaire de Frank, à l’époque… maintenant il n’y a plus que Micha, ou plûtot Privat-Dozent und Nachrichtensprecher Zoz, là bas). Mais quand même, rentrer en voiture ça m’évitait le bus (21 ou 22, le 25 aussi mais ça faisait un détour énooorme) puis le tram, alors j’ai dit ok.

Et c’est comme ça que j’ai rencontré Nico. Et c’est comme ça que j’ai appris à parler l’allemand, parce que c’était ça ou ne pas réussir à communiquer avec ce colosse aux yeux doux.

aussi pour parler avec celle que j’avais baptisé madame Oli bien avant qu’ils ne se marient. Je crois bien que c’est la première fois qu’elle vient à Paris…

Je vous laisse, j’ai mon passé qui revient, et on va écrire un nouveau chapitre.

Une année étrangère, Brigitte Giraud, édition Stock.

J’ai parcouru tous ces kilomètres pour me perdre, sans doute, mais peut-être aussi pour me trouver, pour me débarrasser de la fille que je suis devenue, sauvage et transparente, vulnérable et imprévisible, une fille toute en contradiction, quelqu’un qui s’effiloche, incapable de désirer et de choisir. Je voudrais en finir avec celle qui est allée jusqu’à renoncer à sa langue pour que la métamorphose ait lieu, celle qui a dû se débarrasser de son passé, réinventant la profession de ses parents, mentant sur la ville d’où elle vient, ne mentionnant jamais ses frères, ni le vivant ni le mort. Je voudrais, à présent que je rêve toutes les nuits en allemand, à présent que la greffe a pris, que je suis devenue un personnage hybride, à présent que je me suis immergée dans une culture étrangère, pour ne pas dire noyée, je voudrais être capable de retrouver le français, la langue que je parle au téléphone avec ma mère, celle dans laquelle écrit Simon, celle qui me liait à Léo. Je voudrais enfin être capable de secouer mes mauvais rêves, de me défaire des mots allemands qui agissent comme des cataplasmes, curieuses bandelettes qui prouvent à quel point je ne suis plus qu’une momie. Il est temps que je retrouve la fille que je suis, non pas celle d’avant, avec toutes ses attentes, mais une fille qui n’a pas peur de ce qu’elle ressent, une fille qui cesserait de fuir et qui supporterait le regard des autres. Une grande soeur qui oserait enfin pleurer.

You know what?/Weißt Du was?/ Tu sais quoi?

I am happy. But this does not mean that I do not miss you.
Ich bin glücklich. Aber das bedeutet nicht, dass ich Dich nicht vermisse.
Je suis heureuse. Mais ça ne veut pas dire que tu ne me manques pas.

C’est quand même étrange qu’en Français, le sujet soit la seconde personne du singulier, alors que c’est la première personne qui ressent les émotions. De l’autre, on ne sait rien, en fait.

Quand faut y aller, faut y aller

Certains d’entre vous savent qu’avant de bosser dans mon taf actuel, j’ai fait des zétudes. Dans un programme franco-allemand lancé en 1998.
Aujourd’hui, pour la toute première fois (donc 11 ans après le lancement d’un cursus censé durer entre 4 et 5 ans), le ministère de l’enseignement supérieur (qui finance en partie les étudiants francais, par un système compliqué et opaque de bourses) demande des comptes.
Et les responsables n’ont aucune idée de ce dont les étudiants sont devenus. D’où un e-mail paniqué.
Je me demande pourquoi on n’a pas réussi à monter une association d’anciens étudiants (aussi appelée mafia) pour se coopter, et comment les responsables se sont arrangés pour ne pas fédérer leurs étudiants.
Aujourd’hui, il me semble que ne pas construire un réseau pendant ses études est suicidaire. En même temps quand je vois où nous sommes géographiquement (France et Allemagne, mais aussi Suisse, Rwanda ou Russie, sans compter les gens dont je n’ai pas de nouvelles), ca n’aurait pas été évident.
Et mon réseau est finalement plus fondé sur mes amitiés que sur une connivence artificielle. N’empêche.

Encore une différence entre la France et l’Allemagne

Dans les temps pas si reculés (on me signale dans l’oreillette que je suis vieille et que ca fait trèèès longtemps que je me suis rendu compte que la science avait pas vraiment besoin de moi ni moi d’elle) où je songeais à faire une thèse, ma directrice de recherche allemande m’avait aiguillée vers plusieurs financements possibles. Fondation d’entreprise, co-tutelles avec bourses à la clef, écoles doctorales en Allemagne, en France ou en Italie.
Mais pas à Bielefeld. Enfin, si. Ou plutôt, elle n’envisageait pas de me lâcher, s’engageait à me trouver un financement MAIS pour le rayonnement de l’université (et sa propre réputation, hein, je ne me leurre pas), il fallait que ce soit hors les murs.

Puis j’ai vu mes petits camarades se mettre à entamer leurs recherches. L’un est à Berlin, l’autre à Florence, un autre à Neuchâtel, un quatrième à Bâle, et j’en passe. Certains avaient fait des demandes pour l’école doctorale de notre alma mater, à la base, mais elles ont toutes été refusées, au profit d’étudiants venant d’autres universités. Et ce recrutement externe était parfaitement assumé par l’école.

Alors je tombe des nues quand je lis les articles de Baptiste Coulmont ou ceux du monde. J’ai pesté contre le système des universités d’excellence en Allemagne, arguant que les meilleurs étudiants allaient forcément s’y retrouver, au détriment des établissements de périphérie. Aujourd’hui je me dis qu’une véritable concurrence entre les structures françaises pour recruter les meilleurs enseignants chercheurs, à coups de bons salaires ou de crèches dans les locaux, ca serait pas forcément débile comme solution pour résoudre le problème.
Reste à savoir si cette concurrence ne serait pas faussée par le copinage, et à se demander qui est à même de juger des capacités des thésards à devenir enseignants-chercheurs, à part ceux qui les suivent depuis leur maitrise/MA.
Conclusion, je sais pas où je voulais en venir exactement, ni si ces réflexions ont un sens quelconque. Parce qu’à l’origine je voulais vous raconter l’expo de la pinacothèque, déconseillée aux gens ayant des problèmes de vue et sensibles aux textes explicatifs écrits avec les pieds. (mais allez-y quand même, les pièces exposées sont exceptionnelles).