Absolution, de Patrick Flanery

En ce moment je lis « Absolution » de Patrick Flanery. Ça se passe en Afrique du Sud où revient le narrateur après avoir fait ses études et commencé sa carrière aux Etats-Unis.
Et ça pose plein de question sur le « comment se comporter en terre si familière mais à la fois étrangère ? » Ce dialogue en est le reflet le plus parlant. Pauvreté-étrangeté-implication… Je crois que tout y est.

– Think of all the fuckers who only give them fifty cents and can’t be bothered. Money is’nt an insult. There’s nothing wrong with charity. Not everything has to be payment for services rendered, however informally. And if you’re a tourist you owe them a little more.

– I don’t think of myself as a tourist any more. I’m back now.

– You haven’t be local for a long time, Sam, no matter what shirt you wear or the music you listen to. And who’s to say you’re going to stay in the long run ? []

– But then you’ll go somewhere else. That means you’re a tourist. You don’t have to feel bad about it. Just remember it.

– And how much do you give ?

– No see, the thing is, I give less than I expect you to give because I give every day and have been giving for years. […] When I park in the city, I don’t give the car guards as much as I’d expect you to give because I give so much already, and even that isn’t enough, you know. And I don’t give food to people who come to the house any more, except the old man, because he’s never drunk. So I’m one of the fuckers I hate. But you tourist, you’ve got to give a little more.

pour mes trente deux ans

De toute façon ça fait un moment que mon horloge intérieure est déréglée, et que j’affirme avoir 32 ans alors même que j’en ai 31. Il semblerait que j’ai l’horloge intérieure qui est un peu en avance. Ca ne me déplait pas, au contraire.

J’entre donc dans cette année avec un projet tout neuf, et une singulière envie de regarder dans le rétroviseur, et de voir comment ma vie a changé ces 12 derniers mois. Et avec étonnement, ne regretter aucune des décisions prises.

Des décisions difficiles à assumer, des mauvais moments, des questions existentielles, oui, mille fois oui. Des erreurs, oui, mille fois oui. des choses que je ferais différemment, sans doute.

Mais :

– un nouveau boulot

– une chouette histoire

– deux aller/retour pour aix en provence, un autre à venir (et une demi douzaine dans l’autre sens)

– un petit gamin aux yeux bleus qui rigole tout le temps

– un petit gamin aux yeux bruns qui fait des calins, et que je vois dès que j’en ai envie/besoin

– des liens qui se renforcent

– la fin d’une relation qui ne me rendait pas/plus heureuse

– du vin, du cognac, du champagne, de la gibelotte, de la soupe de carottes au gingembre, des saucisses de morteau et des mont d’or chauds

– les pandas de Chengdu, les pentes de Chongqing, la chaleur de Beijing et les voyages en train

– le grand William (Forsythe), le jeune Hofesh (Shechter), le spectacle au nom de chat et au goût d’exploit de James (Thierée), le scintillant Jacques (Gamblin)

– Jim Harrison, Terry Goodkind, David Nicholls, Juli Zeh, Nuala O’Faolain, Stéphane Hoffman, Nina Bouraoui, Hermann Hesse

– Pierre Lapointe, Aldebert, Miossec (compagnons de longues années), Marina and the diamonds, Regina Spektor, Nina Simone

Ouaip, ça ressemble à un billet bilan. mais allez voir Hofesh Schechter aux Abbesses, Doisneau à Paris, écumez le stand Sabine Wespieser au salon du livre, lisez Diastème, savourez Philippe Dumez. Nagez, marchez. Vivons et savourons.

 

 

les sous doués passent le bac

ou un truc comme ça. Partagée sur cet article du figaro, sur les gens doués qui auraient le blues. Partagée parce que j’en connais un, et plutôt bien.

Un surdoué, c’est quelqu’un qui a besoin de s’exprimer au quotidien dans une langue qui n’est pas la sienne pour être compréhensible. C’est quelqu’un qui qui s’emmerde au boulot en planifiant des campagnes marketing multilingues et multisupports avec un délai inimaginable. C’est quelqu’un qui apprend à jouer du piano en 2 mois et transpose à l’orgue, parce que c’est facile. Quelqu’un qui mène une carrière d’étoile filante tout en travaillant sur son 3e doctorat.

Un hypersensible, c’est quelqu’un qui, sur le trottoir, va discrètement s’éloigner pour éviter un cigare. Quelqu’un qui ne va pas supporter le bruit d’une conversation dans un couloir sans mettre un casque antibruit, et qui a du mal à se concentrer sur une conversation quand il y a de la musique. Quelqu’un qui va sentir chaque seconde que vous mettez avant de lui serrer la main. Qui ne va pas vous faire la bise ou très rarement, tellement ça lui semble intime. Qui va déceler la pincée de cannelle dans la fondue au chocolat (ou l’anis étoilé du fin fond du pain d’épices). Voir la nuance de bleu qui semble identique à tout le monde. Avoir les larmes aux yeux à la vue d’un pigeon mort. Détecter le moindre silence. S’en inquiéter. L’hypersensible est inquiet, pour tout.

Les deux sont une malédiction, à mon sens. Mais quand on cumule…

J’en connais un et plutôt bien. Et je vous dirais quand son 5e bouquin sera traduit, parce qu’il parle de ça. (et aussi parce qu’il y a de fortes chances que j’assure le lectorat de la traduction, aussi.)

L’année de l’éclipse, Philippe de la Genardière

Ils ne se connaissaient pas qu’ils s’étaient déjà affrontés, les conflits en puissance s’annonçant nombreux maintenant qu’ils s’étaient risqués à une entrée problématique dans cette zone de tous les possibles, où quelqu’un qui n’était rien, une minute plus tôt, tout à coup s’impose dans votre réalité, la bouscule, l’envahit, de sorte qu’en un éclair, et vous vous en êtes rendu compte sans pouvoir réagir, votre vie n’est plus la même.

Raptus, Diane Meur

C’est vrai que, dans la conversation, il n’avait pas encore témoigné d’une grande intelligence, mais pas non plus du contraire de l’intelligence. Il était manifestement bon; et peut-on être bon sans avoir, quelque part, une étincelle d’intelligence? Et puis il osait se taire, aussi. Voilà dix minutes qu’il ne parlait pratiquement plus. Il y a des gens qui ne savent pas se taire, pour qui se taire est une grossièreté, une faute, une anomalie…

Envies.

Comme un echo à Fabienne, le mois dernier j’ai choisi pour un ami très cher trois livres, pour trois décennies, dont une commune.

Alors j’ai choisi le Panama, de Janosch. En version originale, parce qu’ils quittent leur maison pendant longtemps, même s’ils finissent par y revenir.. Et leur maison est beaucoup mieux en revenant parce qu’ils ont un nouveau canapé. J’avais hésité avec Freunde, d’Helme Heine, mais celui là convient mieux au troisième de la troupe, alors… Denn Freunde träumen von einander.

Puis la vie mode d’emploi, parce qu’outre son titre formidable c’est un livre que j’aime d’amour, riche, foisonnant, plein de détails et de vérités. J’avais hésité avec Océan Mer de Barricco, mais ils ne l’avaient plus en librairie, et puis celui là aussi ira mieux à un autre ami cher.

Et enfin le tome 1 des notes de -Boulet-. Je suis consciente de lui avoir inoculé une drogue dure, un truc dont il ne pourra plus jamais se défaire, mais Hey, c’est fait aussi pour ça, les amis, non?

Je ne sais toujours pas quels sont les miens, de livres. Nuala O’Faolain, Christopher Hobsbawm, Isaac Asimov manquent notamment. Mais ceux listés là haut font partie intégrante de ma vie.

Je ne vous ai pas parlé

-du premier spectacle de Merce Cunningham au théâtre de la Ville, parce que malgré des circonstances super sympa, je suis plus fan des costumes que de la chorégraphie.
-de « doit-on le dire », de Labiche, au théâtre du Nord Ouest, parce que j’attends de voir leur mise en scène de « l’affaire de la rue de Lourcine » pour me faire une opinion (comme je connais la moitié de la troupe qui joue doit-on le dire, j’ai du mal à être objective).
-de la trilogie de Mars, de Kim Robinson, parce que je ne sais toujours pas ce que j’en pense, même après avoir lu 2 tomes 3/4.
et des deux très bons restos testés ces dernières semaines… parce que je ne parle pas de resto ici.
Du coup, ca fait un moment que je ne vous ai rien dit.
Et vous feriez mieux d’aller chez Fabienne, parce qu’elle elle raconte des trucs.

2 an einem Tag,

En ce moment je lis 2 an einem Tag. C’est traduit de l’anglais en allemand, alors ca n’a aucun intérêt de lire en allemand, surtout que depuis peu de temps je lis indifféremment de l’allemand ou du francais, vite et bien. Faudrait que je me mette à lire en anglais, donc.
et puis ce livre c’est particulier. c’est une histoire d’amitié qui tient sur 20 ans, le truc qui n’arrive que rarement. et c’est pas gnangnan! il y a même des passages difficiles, très.
enfin bon. j’en ai même la flemme de mettre des majuscules. c’est siggi qui me l’a fait acheter, à francfort, et je sais pourquoi. et quand un éditeur se décidera à traduire les bons livres, ben vous aussi. vous verrez.

Une année étrangère, Brigitte Giraud, édition Stock.

J’ai parcouru tous ces kilomètres pour me perdre, sans doute, mais peut-être aussi pour me trouver, pour me débarrasser de la fille que je suis devenue, sauvage et transparente, vulnérable et imprévisible, une fille toute en contradiction, quelqu’un qui s’effiloche, incapable de désirer et de choisir. Je voudrais en finir avec celle qui est allée jusqu’à renoncer à sa langue pour que la métamorphose ait lieu, celle qui a dû se débarrasser de son passé, réinventant la profession de ses parents, mentant sur la ville d’où elle vient, ne mentionnant jamais ses frères, ni le vivant ni le mort. Je voudrais, à présent que je rêve toutes les nuits en allemand, à présent que la greffe a pris, que je suis devenue un personnage hybride, à présent que je me suis immergée dans une culture étrangère, pour ne pas dire noyée, je voudrais être capable de retrouver le français, la langue que je parle au téléphone avec ma mère, celle dans laquelle écrit Simon, celle qui me liait à Léo. Je voudrais enfin être capable de secouer mes mauvais rêves, de me défaire des mots allemands qui agissent comme des cataplasmes, curieuses bandelettes qui prouvent à quel point je ne suis plus qu’une momie. Il est temps que je retrouve la fille que je suis, non pas celle d’avant, avec toutes ses attentes, mais une fille qui n’a pas peur de ce qu’elle ressent, une fille qui cesserait de fuir et qui supporterait le regard des autres. Une grande soeur qui oserait enfin pleurer.