Rappelle-toi (chanteuse asthmatique)

Rappelle-toi, il y a eu un temps où tu suivais la Bundesliga juste pour te moquer de l’Arminia dans les mails que tu m’envoyais.

Rappelle-toi, fut un temps tu me recommandais un détour par le lieu où l’on t’avait enterré.

Rappelle-toi, quand c’était toi qui choisissais le film, on allait voir des comédies romantiques. Quand c’était moi, ça volait pas plus haut. Mais c’était moins dégoulinant. C’était du temps où l’on disait dégoulinant et pas sirupeux.

Rappelle-toi, tu piquais dans mon assiette.

Rappelle-toi de la façon que tu avais d’être rassurant sans que cela semble te coûter.

Rappelle-toi comme je me rappelle, et toi aussi, souris.

Wohlan denn Herz, nimm Abschied und gesunde !

[Et faisons une dernière chose ensemble, envoyons promener les Paroles de Prévert, car nous n’avons pas connu la guerre et nous ne la ferons pas.]

2013

En 2013, je me suis donné les moyens de…
– faire insonoriser les murs mitoyens avec les voisins
– retourner voir un(e) psy
– faire la paix avec Pierre
– profiter de chaque occasion possible pour voir mes neveux
– resserrer les liens avec ma famille choisie et ma famille de sang
– marier mon frère
– être éblouie par Hopper et Thierrée
– faire une grosse fête en invitant tous les importants, qui ont répondu présents (sauf 2)
– combattre mes hormones pour conserver un esprit sain
– nager quelques kilomètres, plus qu’en 2012 et moins qu’en 2014
– refaire marcher mon cerveau
– rire en bonne compagnie
– me battre pour alléger un poids professionnel et avoir gain de cause

Et pour la première fois depuis longtemps, d’avoir envie que l’année prochaine ressemble à celle-là

Isn’t it ironic, don’t you think ?

Croiser un gens avec une brosse à dents alors qu’on a un carambar dans la bouche
Voir un gens en chemisette alors qu’on gèle dans nos bureaux
S’entendre dire « c’est la panique, quoi » alors qu’on est zen dans sa tête

I’m broke but I’m happy
I’m poor but I’m kind
I’m short but I’m healthy, yeah
I’m high but I’m grounded
I’m sane but I’m overwhelmed
I’m lost but I’m hopeful baby

Hello darkness my old friend

Lundi ya le nouveau chef qui arrive. D’après tout le monde, il a sans doute aussi peur de moi que moi de lui.
On part sur de super bonnes bases, quoi.
Moi, j’ai pas l’impression d’être en mesure de faire peur à quiconque, même pas à Mimichat quand il fait de grosses bêtises. Ce qui lui arrive.

Cher nouveau chef, tu vas voir, on va bien rigoler. Et quoi qu’il se passe, on fera avec.
Cher ancien chef, tu vas voir, tu vas me manquer.

Il y a une phrase qui m’accompagne depuis des années, une citation de Hesse qui dit « Und jedem Anfang wohnt ein Zauber inne ». Ce qui veut dire « et chaque commencement est habité par une étincelle de magie ».

Ou bien « en chaque commencement réside/demeure un charme ». Ou « chaque début est ensorcelé ». A tous mes débuts une nouvelle traduction me vient à l’esprit.

Ceci dit, j’ai toujours été plutôt bien lotie, avec mes chefs. J’en ai changé à chaque fois que j’ai progressé pour les dépasser. Et cette fois-ci, pour la première fois, mon ancien chef a gardé une longueur d’avance. On s’emmerde toujours pas ensemble.

J’en suis heureuse.

366/174 toujours vieux

il y a des gens qui ont toujours eu l’air jeune, d’aussi loin que remonte mes souvenirs.

Du coup, leur disparition est d’une violence incroyable. Et les restes de leur présence ne sont que des fossiles inanimés.

Leur souvenir cependant continue de nous accompagner au quotidien.

15 ans jour pour jour après sa mort et dans la ville même où cela s’est passé, j’ai dit au revoir à celui qui m’appelait Fredoche.

Et 5 jours après, dans l’autre sens, j’ai bu un verre à sa santé au même endroit avec mon frère.

Ich fühle mich frei, frei und schwerelos

On n’est pas censé choisir sa famille, parait-il.

Elle ne s’aperçoit pas qu’il s’énerve et coupe court à la conversation en disant « donne, je m’en occupe ». Elle lui pose des questions comme si elle y comprenait quelque chose, qu’il y avait un enjeu, qu’il pouvait se planter, alors que ce genre de choses, il le ferait les yeux fermés après avoir passé dix ans chez les pygmées.

Elle change de domicile tous les six mois, ils se relaient pour assurer la logistique, qu’elle serait bien en peine de gérer elle-même. Pas un merci.

Quand il part en vacances, c’est dans les immensités neigeuses où chaque gramme compte. Quand il raconte, il a des étoiles dans les yeux. Elle dit juste « moi tous les jours en ouvrant ma messagerie, je m’attendais à lire qu’on n’avait plus de nouvelles de ta cordée ».

Pour s’échapper, il coupe son mois de boulot sur place par cinq jours dans un village où il n’y a ni eau ni électricité.

Il se bat depuis un an contre une saloperie qui lui bouffe la hanche. D’ici quelques mois ou années, finis les marathons, finies les courses de haute-montagne, fini le scooter. Alors il a décidé de passer son brevet de pilote, pour continuer de se griser d’altitude et de solitude. Il ne lui a pas dit.

Elle vitupère contre « la petite Fourrest  » qu’elle est « allée cueillir à Montparnasse ». Il lui dit « ben va pas te faire mettre en garde à vue, quand même », avec un sourire qu’elle n’arrive pas à déchiffrer. Elle décroche son portable à table. Son blackberry est coupé dès qu’il passe la porte.

C’est son fils, elle ne sait rien de lui. Pas sûre que ça l’intéresse.

Il dit « ma mère et ma soeur sont folles, que veux-tu que j’y fasse »? Et nous on répond rien, on serre les dents, on sourit, parce que la grimace est plus belle, parce que ces yeux se remplissent un peu trop souvent de larmes à notre goût.