Chacun porte son poids de temps dans la discrétion, rien n’est renié ni effacé, mais ils savent qu’il est vain de vouloir tout raconter, que l’on ne peut pas partager avec un autre, si intime soit-il, ce que l’on a vécu sans lui, hors de lui, que ce soit un amour ou une haine.

Sylvie Germain, Magnus.

Moi qui n’ait pas souffert, n’aimant personne,
Moi pauvre grelot vide où manque ce qui sonne
Gueux qui vais mendiant l’amour je ne sais où
A qui de temps en temps le destin jette un sou,
Moi, cœur éteint, dont l’âme, hélas! S’est retirée,
Du spectacle d’hier affiche déchirée,
Vois tu, pour cet amour dont tes regards sont pleins,
Mon frère je t’envie autant que je te plains!

Tirade de Don César à Ruy Blas, Ruy Blas, acte I scène 3, Victor Hugo

Fuyons ensemble et bousillons ta vie, car la mienne est réfractaire à toute définition de la ruine. On ne peut pas toucher une cible mouvante, d’autant que personne ne vise.

Jim Harrisson, la route du retour.

l’histoire d’ici

Cette mystérieuse circonstance qui fait que les choses de notre passé continuent d’exister y compris lorsqu’elles sortent de notre vie, et s’épanouissent, même, en donnant chaque saison de nouveaux fruits pour une récolte dont nous ne saurons rien. La persistance illogique de la vie.

Alessandro Baricco, cette histoire là.

Engluée.

En souvenir d’un fauve au ralenti maté dompté
On prend des chaines pour limites
On cultive l’art d’être heureux
On appuie de temps en temps sur le levier complaisant du bien
On met de l’eau dans son soleil.

Paul Verlaine, la vie immédiate.

Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, Vikas Swarup.

-Quel nom avez-vous donné à ce garçon?
– Joseph Michael Thomas.
– N’est-ce pas un nom chrétien?
– Si, mais…
– Comment savez-vous qu’il est né de parents chrétiens?
– En fait je n’en sais rien.
– Alors pourquoi lui avoir donné un nom chrétien?
– Il fallait bien que je lui trouve un nom. Qu’est-ce qui ne va pas avec Joseph Michael Thomas?
– Tout. Ignorez-vous, mon père, la force de l’opposition à la conversion dans cette région? Plusieurs églises ont été incendiées par la populace en colère, à qui on a fait croire qu’elles servaient de lieu aux conversions massives au christianisme.
– Mais il ne s’agit pas d’une conversion.
– Écoutez, mon père, nous savons que vous n’aviez aucune arrière pensée. Mais le bruit court que vous avez converti un petit hindou.
– Comment savez-vous qu’il est hindou?
– Ça n’aura pas d’importance aux yeux de la foule enragée qui viendra saccager votre église demain. C’est pour ça que nous sommes venus vous aider. Pour calmer les esprits.
– Et que me suggérez-vous?
– Ma foi… Lui donner un nom hindou pourrait régler le problème. Pourquoi ne pas l’appeler Ram, d’après l’un de nos dieux favori? a dit M. Sharma.
M. Hidayatullah a toussoté discrètement.
– Pardonnez-moi, monsieur Sharma, mais le remède n’est-il pas pire que le mal? Allons, qu’est-ce qui nous prouve que ce garçon était hindou à la naissance? Il était peut-être musulman, vous savez. Pourquoi ne pas l’appeler Mohammad?
Dans la demi heure qui a suivi, M Sharma et M. Hidayatullah ont débattu des mérites respectifs de Ram et de Mohammad. Finalement, le père Timothy a capitulé.
– Écoutez, s’il suffit d’un changement de nom pour éviter une émeute, je le ferai. Et si j’acceptais vos deux propositions et appelais le garçon Ram Muhammad Thomas? Comme ca, tout le monde y trouverait son compte.
C’est une chance pour moi que monsieur Singh ne soit pas venu ce jour-là.

C’est un livre à la fois drôle et triste où l’on apprend (entre autre) que la richesse d’un Indien se mesure à la taille de sa télé et où l’on découvre comment un serveur peut gagner un milliard de roupies. C’est un texte (édité en poche chez 10/18) très divertissant, où seule l’intrigue rend compte du lieu où l’histoire se passe: le style est beaucoup moins « exotique » que ce que je craignais, ce qui a fait de ce bouquin le compagnon idéal de cette semaine de grèves en tout genre.

[Cresson: merci à la personne qui me l’a conseillé.]
[Cresson²: je n’ai plus que 3 livres dans ma pile, si vous avez des idées, je suis preneuse… Seules conditions: des livres en francais ou en allemand, trouvables en bibliothèque.]

Best love Rosie, Nuala O’Faolain

Au fil des années, je m’étais concocté un petit kit de survie mentale pour éviter de sombrer dans le désespoir à chaque contrariété – les ferries bloqués dans le port pour cause de vents violents, les fêtes auxquelles je n’étais pas invitée, les hommes qui voulaient des caresses, mais pas en donner, les colloc qui décampaient sans payer les factures, les boulots que je n’obtenais pas, les endroits que j’allais voir et que je ne trouvais pas. […]
Pense bête pour les moments difficiles
1. Dressez la liste de tout ce qui va bien.
2. Lavez vous le visage et coiffez-vous.
3. Rangez votre sac.
4. établissez votre situation financière
exacte, même si elle est catastrophique.
5. Faites une BA.
6. Souriez à tous ceux que vous croisez; ils ne sauront pas que ce n’est pas sincère.
7. Changez les draps de votre lit.

[Nuala O’Faolain, Best love Rosie, p190-191.]

VI

La voix des gens quand il fait noir
Que le trèfle est haut cette année
Voulez vous un peu vous asseoir
O phrases disproportionnées

Ils parlent de ce qui leur chante
Autre refrain Nouveaux couplets
Leurs amours certes sont touchantes
Ils ont les drames qu’il leur plaît

Moi j’écoute un pas sur la route
Un bruit de moteur au lointain
J’écoute j’écoute j’écoute
Un coeur qui faiblit puis s’éteint

Aragon, Deux ans après.