démon de messagerie

tu as reçu le message, tu l’as imprimé, pour le lire à un autre moment. Parce que Fredo envoie toujours ses messages à des heures improbables. C’était après la sieste. Et pourtant elle sait bien que..

Tu ne fais pas la sieste. Tu réfléchis. Seules une dizaine de personnes au monde comprennent ce à quoi tu réfléchis. Moi, je me demande quand est-ce que tu l’auras, cette Fields. Sans doute jamais. C’est pas grave, ce qui compte c’est ce petit groupe d’étudiants que tu as toujours autour de toi. Cette troupe que tu as formée autour de tes théories.

Tu as imprimé ce message, donc. tu l’as lu une première fois et constaté qu’encore une fois le niveau baisse, et que les fautes d’orthographe sont plus nombreuses. Et puis tu t’es rappelé qu’exiger d’elle qu’elle écrive comme un locuteur natif n’était que la conséquence de l’illusion. Tu te souviens d’elle haute comme trois pommes et ne parlant même pas français, puis tu as revu ces nuits de la St Sylvestre où l’on était tous réunis.

tu as encore relu. Te concentrant sur le fond, cette fois. Et tu as pris la juste mesure des bouleversements que nous traversons. Tu t’en es voulu de ne pas avoir appelé ta meilleure amie. tu t’es dit que tu devrais appeler plus souvent. Tu t’es remis à travailler.

Ce soir, tu as pris ton vélo jusqu’à la gare, tu l’as mis dans le train et puis tu l’as réenfourché pour monter vers les hauteurs. Cette côte est sans pitié mais pour rien au monde tu ne renoncerais à ton bureau de la fac. Même si celui de la maison est plus grand, plus lumineux, et bénéficie de la plus belle vue. Bien sûr le noyer fait de la mauvaise ombre et à la saison des noix, cela salit les coursives. Petit prix à payer pour être dans une maison telle que celle ci, où deux petits angelots blonds traversent sans arrêt l’absence de haies.

Tu es rentré et tu as dit à Ursel que vous aviez reçu un mail. Elle t’a demandé si tout va bien et tu as répondu oui. tu as résumé en 6 phrases un mail qui n’en contient pas beaucoup plus. de toute façon elle a compris.

ce soir tu n’es pas encore endormi, tu penses juste aux chemins bizarres que peut prendre l’amitié. une mère, une fille. et toi qui reste comme une figure de mon enfance, de mon adolescence et maintenant de mes 30 ans, figure bienveillante et presque immuable.

ton français baisse et mon allemand aussi, j’ai peur du moment où seuls nos yeux et nos bras pourront se dire tout ce qu’on a à se dire et qui se glisse dans nos messages. peur du moment où je t’écrirai en français et où tu répondras en allemand, parce que cela signifiera que tu vas aussi m’accompagner sur le chemin qui redescend.

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