On n’est pas censé choisir sa famille, parait-il.

Elle ne s’aperçoit pas qu’il s’énerve et coupe court à la conversation en disant « donne, je m’en occupe ». Elle lui pose des questions comme si elle y comprenait quelque chose, qu’il y avait un enjeu, qu’il pouvait se planter, alors que ce genre de choses, il le ferait les yeux fermés après avoir passé dix ans chez les pygmées.

Elle change de domicile tous les six mois, ils se relaient pour assurer la logistique, qu’elle serait bien en peine de gérer elle-même. Pas un merci.

Quand il part en vacances, c’est dans les immensités neigeuses où chaque gramme compte. Quand il raconte, il a des étoiles dans les yeux. Elle dit juste « moi tous les jours en ouvrant ma messagerie, je m’attendais à lire qu’on n’avait plus de nouvelles de ta cordée ».

Pour s’échapper, il coupe son mois de boulot sur place par cinq jours dans un village où il n’y a ni eau ni électricité.

Il se bat depuis un an contre une saloperie qui lui bouffe la hanche. D’ici quelques mois ou années, finis les marathons, finies les courses de haute-montagne, fini le scooter. Alors il a décidé de passer son brevet de pilote, pour continuer de se griser d’altitude et de solitude. Il ne lui a pas dit.

Elle vitupère contre « la petite Fourrest  » qu’elle est « allée cueillir à Montparnasse ». Il lui dit « ben va pas te faire mettre en garde à vue, quand même », avec un sourire qu’elle n’arrive pas à déchiffrer. Elle décroche son portable à table. Son blackberry est coupé dès qu’il passe la porte.

C’est son fils, elle ne sait rien de lui. Pas sûre que ça l’intéresse.

Il dit « ma mère et ma soeur sont folles, que veux-tu que j’y fasse »? Et nous on répond rien, on serre les dents, on sourit, parce que la grimace est plus belle, parce que ces yeux se remplissent un peu trop souvent de larmes à notre goût.

 

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